L’austerité, risque pour un contrôle intelligent
Depuis des décennies, les politiques suisses enchaînent les mesures d’austérité pour maîtriser les dépenses du système de santé. Chaque nouvelle règle augmente la charge administrative des personnes responsables des contrôles et de celles qui en font l’objet, ce qui se traduit par une nouvelle hausse des dépenses dans le secteur de la santé. Mais à Berne, on ne semble pas en avoir tiré de leçons.
Contrôler exige de la dextérité
Une révolution est en marche: la numérisation et l’intelligence artificielle font leur entrée dans le domaine de la santé, mais comme c’est souvent le cas, la Suisse est à la traîne. Malgré cela, de nombreux projets ont le vent en poupe. Et, fait rare, les acteurs de la branche s’entendent pour dire qu’avec une promotion ciblée des nouveaux outils et une infrastructure adaptée, des économies significatives pourraient être
réalisées. Considérant les dépenses annuelles de plus de 90 milliards de francs, même un petit gain d’efficacité aurait un impact considérable.
En 2024, le Parlement avait enfin donné son feu vert à une numérisation complète du secteur sous le nom de «Digisanté». Un crédit d’engagement de 400 millions de francs devait permettre, d’ici 2035, de moderniser de toute urgence la structure des données.
«Faute d’investissements, le train de la santé suisse cahotera encore longtemps à travers champs et forêts, à l’image de la Deutsche Bahn.»
Or, jusqu’à présent, aucune proposition n’est parvenue à contourner les difficultés financières à court terme. En raison du «programme d’allègement budgétaire 2027» récemment approuvé par le Parlement, le Département fédéral de l’intérieur doit réduire de façon drastique le programme central visant à assurer la pérennité du système de santé.
Faute d’investissements, le train de la santé suisse cahotera encore longtemps à travers champs et forêts, à l’image de la Deutsche Bahn. En Autriche, pays voisin, l’Institut de recherche économique Economica a publié récemment une étude consacrée aux gains de temps et d’argent générés par le train express du numérique dans ce pays.
Les services fortement numérisés ont fait état d’une accélération notable des procédures administratives ainsi que d’une diminution des doublons.1 Cela
a permis d’alléger la charge de travail du personnel et de réduire les temps d’attente des patientes et patients.
Pendant ce temps, en Suisse, nous paierons deux, voire trois fois les investissements auxquels nous avons renoncé au fil des années, étant donné les coûts énormes générés par l’obsolescence de notre bureaucratie. Qui présentera la facture aux responsables
de cette mauvaise décision?
solution.
1 www.mp2.at/studie (en allemand)