Beda M. Stadler

Né en 1950 à Viège (VS), professeur émérite, a dirigé l’Ins­titut d’immunologie à l’Université de Berne. Il est connu pour ses propos virulents sur les thèmes de politique sociale et de la santé.

Chronique du 23.05.2018

Des politiciens désintéressés qui prennent leurs responsabilités?

Le bon sens est souvent plus affûté qu’on ne le pense. Chacun sait comment réaliser des économies dans le domaine de la santé. De nombreux concitoyens n’ont même plus mauvaise conscience quand ils envoient leurs justificatifs de remboursement à la caisse-maladie. Et comme chacun le fait manifestement sans états d’âme, nous procédons de même. Et si la «caisse de santé» paie en plus une partie du programme loisirs ou fitness que l’on a de toute façon réservé, voire le wellness et la médecine alternative, auxquels on a recours pour se consoler, c’est d’autant mieux. Si on ne sollicitait pas ces prestations, on se sentirait un peu comme si on passait à côté d’un billet de 100 francs sur un trottoir sans le ramasser.

Nous, les Suisses, nous sommes habitués aux prestations généreuses de notre système de santé détraqué. Ceux qui essaient de le changer ne trouveront aucune acceptation de la part de la population. Car qui redonnerait avec plaisir quelque chose qui lui est cher? Nous n’avons pas besoin d’études scientifiques sur cette question, car souvent, l’acceptation ne dépend pas de la science. Le génie génétique, que les scientifiques supportent unanimement comme étant une bonne chose, constitue un exemple éclatant. A l’ère postfactuelle, les avis sont précisément plus importants que les faits.

On ne peut pas non plus demander aux médecins comment réaliser des économies. Ils ne fonctionnent pas de la même manière. Du reste, il ne faut jamais poser la question à quelqu’un qui bénéficie lui-même du système. Ni d’ailleurs aux économistes, qui aiment bien parler du marché dans le contexte de la maladie.

La solution est simple. Nous devrions élire un conseiller fédéral dont le but n’est pas d’être aimé et réélu, mais qui est prêt pour le parler-vrai. Comme Winston Churchill l’avait dit en 1940 pendant la Seconde Guerre mondiale devant la Chambre des communes du Parlement britannique: «Je n’ai rien d’autre à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur.»

Le discours d’investiture du nouveau conseiller fédéral constituerait une déclaration d’intention relative à l’introduction d’une nouvelle caisse-maladie. Ce discours en bref: premièrement, les bobos, le wellness et le vaudou ne seront plus remboursés. Les prestations dans les soins de base seront réduites de manière drastique selon le bon sens. La caisse-maladie devra non pas réconforter, mais aider à guérir les malades. Deuxièmement, nous laisserons mourir humainement chaque personne et la vie ne sera plus prolongée inutilement. Troisièmement, les primes de caisse-maladie ne seront utilisées pour ses propres besoins qu’en cas d’urgence. Elles seront en effet une contribution solidaire pour nos congénères qui ont instamment besoin de notre aide médicale. Il se pourrait en outre que ce conseiller fédéral soit anobli pour ses mérites, comme Churchill à l’époque.

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