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Barbara Gysi et Diana Gutjahr

Opinion: Serait-il judicieux d’augmenter le financement public du système de santé pour freiner la hausse des coûts et réduire la charge financière pesant sur les personnes assurées?
Nationalrätin Barbara Gysi

Barbara Gysi, conseillère nationale (PS, SG)

Diana Gutjahr, Conseillère nationale (UDC, TG)

22 juin 2026

Pour: Barbara Gysi, conseillère nationale (PS, SG)

Une chose est sûre: injecter plus de fonds publics dans le secteur de la santé, c’est rendre le système de santé plus équitable et garantir un bon accès aux soins pour tout le monde. En effet, notre système de financement, avec ses primes par tête élevées, est antisocial. Il pèse beaucoup plus lourdement sur les personnes aux revenus faibles à moyens et sur les familles que sur les personnes aisées. Et aux primes d’assurance-maladie, qui augmentent chaque année, s’ajoutent les franchises et les frais à la charge des personnes assurées. C’est pourquoi environ 10% de la population ne consulte pas de médecin ou le fait beaucoup trop tardivement. Il en résulte souvent des coûts plus élevés et davantage de souffrance, notamment avec des maladies qui peuvent devenir chroniques si elles sont ignorées trop longtemps. La pression exercée sur le catalogue des prestations oblige les personnes assurées à conclure des assurances complémentaires coûteuses.

L’augmentation du financement public incite la Confédération et les cantons à s’intéresser davantage à une meilleure coordination et à une planification commune et suprarégionale avec, à la clé, la suppression des structures parallèles coûteuses, la garantie de l’accès aux soins pour toutes et tous grâce à une planification intelligente et la concentration judicieuse des prestations. L’Etat est plus à même de le faire que le secteur privé, car il ne s’agit pas de réaliser des profits.

«Notre système de financement, avec ses primes par tête élevées, est antisocial.»

Par ailleurs, on observe un intérêt croissant pour les soins coordonnés, les réseaux et la délégation de tâches à d’autres spécialistes de la santé. Les directives en matière de qualité et de nombre de cas minimum peuvent être mises en œuvre plus rapidement. Et elles peuvent l’être aussi de façon plus directe, lorsque le plus grand nombre possible de fournisseurs de prestations exerce sous le régime public et sans objectif de rentabilité.

Du reste, un accroissement du financement public permet aussi de lutter contre le manque de main-d’œuvre qualifiée. La pénurie inquiétante de personnel soignant en est une illustration. Sous prétexte que cela ferait augmenter les primes d’assurance-maladie, les politiciennes et politiciens bourgeois refusent d’améliorer les conditions de travail dans le secteur des soins. Ils prétendent que «le marché» s’en charge. Si c’était le cas, les salaires seraient si élevés que l’on n’aurait aucun problème à pourvoir les 14 000 postes vacants dans le secteur des soins. De plus, 40% des soignantes et soignants ne quitteraient pas prématurément la profession, poussés à bout par la surcharge de travail.

La gauche a proposé que l’Etat prenne en charge les coûts liés à l’amélioration des conditions de travail. Mais c’est davantage la volonté politique qui fait défaut que les moyens financiers. Plusieurs études montrent que l’augmentation du nombre de soignantes et soignants bien formés entraîne une baisse des coûts, car elle réduit le nombre de réhospitalisations et de complications. D’autre part, le personnel est moins épuisé et reste dans la profession. L’affectation de fonds publics suffisants favorise la santé du personnel et, par conséquent, celle des patientes et patients. 

Contre: Diana Gutjahr, conseillère nationale (UDC, TG)

Les coûts de la santé ont plus que doublé au cours des 25 dernières années. Une hausse qui s’explique par l’augmentation du volume des prestations due à l’immigration, le vieillissement de la population, les progrès médicaux et les attentes croissantes. De mauvaises incitations apparaissent, car les fournisseurs de prestations sont axés sur le nombre de cas. Dans le domaine des soins de longue durée, les pouvoirs publics prennent déjà en charge une grande partie des coûts. En 2018, l’Etat a ainsi payé 41% des coûts de l’aide et des soins à domicile, les assurances-maladie 41% et les patientes et patients seulement 17%. Côté EMS aussi, ce sont les contribuables et les assureurs qui assument la majeure partie des coûts, en plus des prestations complémentaires. Une nouvelle augmentation du financement collectif ne serait ni justifiée en termes de coûts ni propice à la solidarité, car elle ne contribuerait pas non plus à freiner la hausse générale des coûts.

Par ailleurs, compte tenu du vieillissement de la population, la question se pose aussi de savoir s’il ne serait pas nécessaire, à partir d’un certain âge, de limiter les prestations pour les médicaments extrêmement coûteux. Les nouveaux traitements, notamment en oncologie, font aussi massivement grimper la note, certains médicaments pouvant coûter jusqu’à 2,2 millions de francs par dose. D’un autre côté, la franchise et la quote-part encouragent une consommation réfléchie des prestations médicales et évitent les mauvaises incitations. La franchise ordinaire de 300 francs n’a pas évolué depuis 2004, alors que les salaires ont nettement augmenté. Il s’agit donc à présent d’accepter pleinement l’ajustement nécessaire de la franchise, d’autant plus que les interventions parlementaires transmises à ce sujet ont été adoptées par le Parlement.

«La solidarité ne signifie pas une prise en charge illimitée des coûts dans l’assurance de base.»

Du reste, le catalogue des prestations doit être rationalisé dans son ensemble, car les coûts augmentent fortement dans certains domaines, comme les psychothérapies. Un diagnostic devrait être établi avant le début d’un traitement. Il serait aussi préférable que les consultations psychosociales de portée générale soient financées par des assurances complémentaires ou des fonds privés, afin de protéger la collectivité contre des hausses de primes inutiles. En outre, la question de savoir si les requérantes et requérants d’asile doivent bénéficier du même niveau de prestations que les personnes qui paient des primes pourrait être étudiée. Pour les personnes dont les coûts sont entièrement pris en charge par l’Etat, le droit aux soins médicaux de base doit être limité aux urgences, afin d’éviter les mauvaises incitations.

Une caisse unique ne résoudra pas ces problèmes; la compensation des risques a déjà éliminé les mauvaises incitations et renforcé la solidarité. L’objectif est une solidarité basée sur la responsabilité individuelle, qui garantisse la viabilité à long terme de notre excellent, mais coûteux, système de santé. La solidarité ne signifie pas une prise en charge illimitée des coûts dans l’assurance de base ni une augmentation du financement public du système de santé: la responsabilité individuelle et la participation aux coûts restent des piliers centraux.

Nous, les responsables politiques, devons éviter la démagogie et enfin avoir le courage de faire ce qui est juste, même si c’est impopulaire. 

Nationalrätin Barbara Gysi

Barbara Gysi

est conseillère nationale pour le canton de Saint-Gall et membre de la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil national (CSSS-N). Elle est membre du comité de l’association d’aide et de soins à domicile SG / AR / AI, et du Forum suisse des soins intégrés (fmc).

Diana Gutjahr

est conseillère nationale pour le canton de Thurgovie et vice-présidente de la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil national (CSSS-N). Cheffe d’entreprise, elle a étudié la gestion d’entreprise à la HES de Saint-Gall.

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