La solution passe par le collectif
Les soins ambulatoires en Suisse sont soumis à une pression croissante. Le changement démographique à lui seul entraîne une augmentation significative des besoins en soins. D’ici 2040, près de 140 000 personnes supplémentaires devront être prises en charge, soit une augmentation d’environ 43%. Certes, une accélération du transfert vers l’ambulatoire peut réduire la pression sur les EMS. Cela alourdit cependant considérablement la charge des services d’aide et de soins à domicile ainsi que des structures intermédiaires. La complexité des cas continue d’augmenter, notamment en raison de la multimorbidité, des progrès médicaux et de l’instabilité des conditions de vie. La pénurie de personnel infirmier qualifié aggrave encore la situation et compromet la pérennité des soins ambulatoires. L’assistance devient alors un facteur clé de succès des soins ambulatoires. Sans des réseaux de soutien familial ou professionnel solides, il ne sera pas possible d’accélérer le transfert vers l’ambulatoire.
Système de soins en danger
Les quatre structures existantes (informelle, ambulatoire, stationnaire et intermédiaire, cf. infographie aux pages 4 et 5) ne peuvent pas être simplement développées et étendues. Si l’on souhaite déployer la même offre de soins aux personnes âgées à l’avenir, l’innovation devient une nécessité, et on aura besoin des quatre structures. Le système de santé ne pourra pas résoudre seul ces problèmes. L’implication du domaine social sera un facteur clé pour la réussite du transfert vers l’ambulatoire.
Différents acteurs
En Suisse, les soins ambulatoires sont garantis par trois acteurs: des entreprises d’utilité publique et de droit public, des entreprises commerciales et du personnel infirmier indépendant. En 2023, les soins ambulatoires ont occupé 29 000 équivalents plein temps (EPT), et les coûts se sont élevés à 3,3 milliards de francs par année (+7,3% par rapport à 2022). Les entreprises d’utilité publique et de droit public ont clôturé l’exercice avec un déficit de 7,5 millions de francs. En revanche, les entreprises à but lucratif ont réalisé un bénéfice de 16,8 millions de francs.
«7397 postes à temps plein manqueront aux organisations d’aide et de soins à domicile d’ici 2040 si la politique en matière de soins reste inchangée.»
En 2023, les soins ambulatoires en Suisse ont pris en charge un peu plus de 415 000 personnes (+1,5% par rapport à 2022). Il y a dix ans, environ la moitié des personnes prises en charge avaient plus de 80 ans. Ce chiffre a chuté à 38% en 2023. Parallèlement, l’intensité des soins a augmenté, passant de 53 heures (2022) à 56 heures (2023) de soins par patiente ou patient. En conséquence, le montant facturé annuellement a augmenté de 14% entre 2022 et 2023, pour atteindre plus de 5500 francs par cas.
Les derniers scénarios démographiques prévoient une forte augmentation du vieillissement de la population en Suisse d’ici 2040.1,2 Cette croissance devrait se poursuivre au moins jusqu’en 2070.3 Si la politique en matière de soins reste inchangée, 626 nouveaux EMS (comptant chacun 59 lits de longue durée) devront être construits au cours des quinze prochaines années, et les organisations d’aide et de soins à domicile devront embaucher 7397 nouveaux EPT.
Potentiel de transfert vers l’ambulatoire?
La pression de croissance exercée sur les EMS peut être atténuée en transférant vers l’ambulatoire (à domicile ou dans des structures intermédiaires) les soins aux personnes ayant un faible niveau de soins (0 à 3). Selon l’Obsan, ce transfert devrait permettre aux EMS d’avoir des capacités suffisantes jusqu’en 2035. Si cette mesure était mise en œuvre de manière rigoureuse, les EMS pourraient ainsi récupérer environ 10 000 lits sur l’ensemble de la Suisse. En contrepartie, les soins ambulatoires de longue durée devraient prendre en charge environ 15 000 personnes supplémentaires.

Cette approche prend rarement en considération les structures informelles. Les soins tels que nous les connaissons et finançons aujourd’hui, à savoir presque exclusivement des prestations médicales, ne suffisent pas à eux seuls. Ils sont limités dans le temps et supposent que les personnes prises en charge bénéficient d’un soutien au quotidien. Les personnes qui ne peuvent pas gérer seules leur quotidien ont besoin d’assistance, quel que soit leur type de logement. Pour transférer les soins de longue durée vers l’ambulatoire, il est impératif de pouvoir compter sur des proches et/ou des structures d’assistance efficaces.
Aujourd’hui, ce sont les proches qui assument la majeure partie de ce travail de soins non rémunéré. Mais les ressources familiales s’amenuisent: les familles sont moins nombreuses, les membres vivent plus loin les uns des autres et les obligations professionnelles ainsi que le nombre de ménages à une seule personne augmentent. La complexité des cas pris en charge en ambulatoire ne cesse d’augmenter. Cette situation s’explique notamment par les progrès réalisés dans la médecine et les technologies médicales, qui permettent désormais de dispenser des traitements ambulatoires qui étaient auparavant stationnaires. Cela se traduit également par une augmentation du nombre d’heures de soins par cliente ou client et, en particulier, par une augmentation des coûts (+14% entre 2022 et 2023). De plus, la pénurie de personnel soignant qualifié aggrave la situation.4
Les quatre structures sont nécessaires
Pour prendre en charge les personnes nécessitant des soins de longue durée, la Suisse aura besoin des quatre structures de soins: EMS, organisations d’aide et de soins à domicile, structures intermédiaires et structures informelles. Compte tenu des changements sociaux évoqués plus haut, ces dernières auront plutôt tendance à reculer en termes de capacité et de disponibilité. En ce qui concerne les EMS, la pression pour obtenir des lits supplémentaires doit être atténuée grâce au développement accéléré des soins ambulatoires et en particulier des structures intermédiaires. En matière de structures intermédiaires, la Suisse navigue à vue, du moins statistiquement. Cela doit changer, car ce domaine recèle un potentiel considérable.
L’assistance est l’un des facteurs clés pour répondre aux besoins des soins ambulatoires. Le secteur de la santé a tout intérêt à impliquer le domaine social. Une assistance qualitative soulage le personnel infirmier et permet une prise en charge ambulatoire plus rigoureuse des prestations. Il existe déjà aujourd’hui des solutions qui impliquent les services sociaux. On peut citer, par exemple, le Centre d’accueil temporaire (CAT) dans le canton de Vaud, le projet Health 2040 ou le Forum 60+ de la ville de Lucerne et ses initiatives avec le centre d’accueil pour les questions liées à la vieillesse.
De nouveaux concepts sans doublons
En 2024, le peuple a accepté le financement uniforme des prestations ambulatoires et stationnaires (EFAS). Les soins seront intégrés à compter du 1er janvier 2032. Il s’agit là d’une occasion unique de repenser les structures tarifaires dans le domaine des soins de longue durée. Dans le meilleur des cas, il sera possible de réduire la complexité de la structure tarifaire et d’accroître la perméabilité entre les prestations ambulatoires et stationnaires.
Les fournisseurs de prestations stationnaires, par exemple les hôpitaux de soins aigus, développent de nouveaux concepts de soins qui favorisent également le transfert vers l’ambulatoire, fournissent des services à domicile et soulagent ainsi les structures stationnaires. Hospital@home fait partie de ces concepts. De telles structures ne doivent toutefois pas entraîner de doublons. Elles doivent, en revanche, créer des synergies avec les structures ambulatoires existantes.
La poursuite des approches actuelles (plus de personnel, plus d’établissements) ne peut pas être la solution. Il faut changer les mentalités et proposer nettement plus d’échanges afin que les approches existantes puissent être transférées de manière profitable. «L’avenir doit être pensé à partir de l’avenir, et non comme une continuation du présent.»5 Le psychologue social Harald Welzer en est convaincu. Et moi aussi.
Sources
1 Conseil fédéral (2025). Prestations de soins fournies par les proches aidants dans le cadre de l’assurance obligatoire des soins. Rapport du 15 octobre 2025 du Conseil fédéral. Berne.
2 Kohli, R. & Probst, J. (2025). Scénarios de l’évolution de la population de la Suisse et des cantons 2025-2055. Neuchâtel: Office fédéral de la statistique.
3 Pahud, O., Pellegrini, S., Dorn, M., Dutoit, L. & Zufferey, J. (2025). Besoins en soins de longue durée en Suisse. Actualisation des projections à l’horizon 2040 et perspective 2050 (rapport Obsan 09/2025).
Neuchâtel: Observatoire suisse de la santé.
4 Merçay, C., Grünig, A. & Dolder, P. (2021). Personnel de santé en Suisse – Rapport national 2021. Effectifs, besoins, offre et mesures pour assurer la relève (rapport Obsan 03/2021). Neuchâtel: Observatoire suisse de la santé.
5 Welzer, H. (2019). Alles könnte anders sein: eine Gesellschaftsutopie für freie Menschen [Tout pourrait être différent: une utopie sociale pour des êtres humains libres]. Francfort-sur-le-Main: S. Fischer.
Liste des références
Bundesamt für Statistik (2024). Die Kosten der Alters- und Pflegeheime und der Spitex-Dienste sind 2023 stark gestiegen. Medienmitteilung vom 12.11.2024. Neuchâtel: Bundesamt für Statistik.
Kägi, Wolfram et al. (2021). Gute Betreuung im Alter – Kosten und Finanzierung. Basel: BSS Volkswirtschaftliche Beratung AG.
Knöpfel Carlo (2024). Von stationär zu ambulant: Eine Zeitreise in die Zukunft. Referat am Luzerner Kongress Gesellschaftspolitik. Luzern. 27.11.2024.
Kohli, R. (2021) Szenarien zur Entwicklung der Privathaushalte in der Schweiz und in den Kantonen 2020-2050. Neuchâtel: Bundesamt für Statistik.
Kraft, E., Lehmann, J. & Büchler, S. (2023). Alterswohnungen und Angebote des Betreuten Wohnens für ältere Menschen in der Schweiz. Neuchâtel: Gesundheitsobservatorium.
Laporte, A., & McMahon, M. (2016). Aging and long‐term care. In R. M. Scheffler (Ed.), World Scientific series in global health economics and public policy: Vol. 2 (pp. 43–82). Singapore: World Scientific Publishing Co. Pte. Ltd.
Otto Ulrich, Leu Agnes, Bischofberger Iren, Gerlich Regina, Riguzzi Marco, Jans Cloé, Golder Lukas (2019) Bedürfnisse und Bedarf von betreuenden Angehörigen nach Unterstützung und Entlastung – eine Bevölkerungsbefragung. Entwurf Schlussbericht Forschungsmandat G01a des Förderprogramms. Auftraggeber: Bundesamt für Gesundheit. Zürich.
Wächter, Matthias; Kessler, Oliver (2019). Pflege und Betreuung 2035 – Braucht die Schweiz eine Pflegeversicherung? Luzern: Stiftung Kranken- und Unfallkasse Konkordia.
Werner, Sarah, Kraft, Eliane, Elbel, Roman & Kreienbühl, Michèle (2021). Intermediäre Strukturen für ältere Menschen in der Schweiz 2021. Neuchâtel: Schweizerisches Gesundheitsobservatorium.