La vie en EMS se conjugue souvent avec pauvreté
La Suisse va connaître un vieillissement important au cours des prochaines décennies. Les statistiques démographiques indiquent l’avenir avec une clarté implacable. Cette année, environ 63 000 personnes ont fêté leurs 80 ans en Suisse. Dans 25 ans, ce seront 90 000 personnes. L’Observatoire suisse de la santé (Obsan) prévoit qu’avec le vieillissement de la population, environ 140 000 personnes supplémentaires auront besoin de soins d’ici 2040.
Système de soins en danger
Celles et ceux qui auront besoin d’une place en EMS devront faire face non seulement à des problèmes de santé, mais aussi à d’importantes difficultés financières. Selon l’association Curaviva, une place en EMS coûte aujourd’hui en moyenne 130 000 francs par année. L’assurance-maladie obligatoire ne couvre que les dépenses liées aux soins médicaux. Les frais d’hôtellerie et d’assistance, qui représentent environ 60% de la facture totale, sont à la charge des patientes et patients. Seule une minorité a les moyens de payer plusieurs milliers de francs par mois pour le gîte et le couvert. La majorité des résidentes et résidents épuisent rapidement leur fortune. La Suisse est en fait championne du monde en matière de protection contre de nombreux risques de la vie. Mais le risque de connaître la pauvreté en tant que personne âgée qui a besoin de soins reste un problème purement privé. Il n’y a pas de débat public sur ce sujet.
«Environ 140 000 personnes supplémentaires auront besoin de soins d’ici 2040.»
Au lieu de cela, les personnes qui ont un pouvoir décisionnel renvoient systématiquement aux prestations complémentaires, qui interviennent lorsque les revenus et la fortune des résidentes et résidents ne suffisent plus. A ce jour, 60% de ces personnes dépendent déjà de ces aides. Etonnamment, l’Office fédéral des assurances sociales, qui est compétent en la matière, n’a aucune prévision concernant l’évolution de ces dépenses au-delà de 2029. Les cantons peuvent-ils et vont-ils supporter les milliards de francs supplémentaires que cela coûtera?
Il y a des années, la Suisse a montré comment garantir la pérennité de la prévoyance vieillesse. Avec le système des trois piliers (AVS, caisse de pension et pilier 3a), elle a développé de manière visionnaire le système de retraite le plus solide d’Europe. Il est grand temps de discuter également d’une assurance de soins solidaire et obligatoire, afin que le départ abrupt du domicile privé ne se transforme pas en catastrophe financière pour les personnes concernées.