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Yvonne Feri et Philippe Nantermod

Opinion: la clé de la transition numérique dans le domaine de la santé réside-t-elle dans l’introduction de nouvelles règles étatiques?

Yvonne Feri, conseillère nationale PS et membre de la CSSS-CN

Philippe Nantermod, conseiller national et membre de la CSSS-N

18. février 2022

Pour

Le numérique offre incontestablement un énorme potentiel pour le système de santé en termes d’efficacité, de qualité des diagnostics et des traitements, ainsi que de sécurité des patients. Globalement, il peut contribuer à l’accroissement et au maintien de la qualité au sein du système de santé. Cette tâche incombe à l’ensemble de la société, l’Etat ayant un rôle central à jouer. Il est impératif d’élaborer une stratégie nationale de transformation numérique du système de santé, et ce, pour plusieurs raisons.

Il faut des solutions à l’échelle nationale, auxquelles tous les acteurs importants sont tenus de participer. A quoi sert un dossier électronique du patient (DEP) qui ne contient qu’une petite partie des informations pertinentes en matière de santé? Pour apporter réellement une valeur ajoutée, le DEP doit contenir les informations de tous les fournisseurs de prestations, enregistrées de manière automatisée. Après le fiasco entourant le carnet de vaccination électronique, il est particulièrement important de lancer des projets numériques à l’échelle nationale qui soient bien ficelés, couronnés de succès et qui ne soient pas attaqués par des acteurs centraux. La coordination doit se faire au niveau national.

«Avec une stratégie nationale impliquant tous les acteurs concernés, il est possible de réussir la transformation numérique du système de santé suisse.»

Yvonne Feri

La transition numérique dans le domaine de la santé nécessite également l’adaptation des réglementations légales. A titre d’exemple, pendant la pandémie, les séances de psycho­thérapie par téléphone se sont avérées très utiles dans certaines situations. Pour que de tels traitements de télémédecine puissent être proposés à l’avenir, ils doivent figurer dans les systèmes tarifaires.

Si la transition numérique du système de santé doit avant tout bénéficier aux patients, ceux-ci ne peuvent pas supporter la majeure partie des coûts. C’est pourquoi il faut une compen­sation financière entre les parties impliquées ainsi qu’un cofinancement par l’Etat.

De plus, les conditions entourant le passage au numérique du système de santé évoluent constamment, notamment en raison des développements technologiques. Avec un suivi au niveau national, tel que je l’ai demandé pour l’introduction du DEP (cf. Postulat 21.4059), les objectifs et les procédures pourraient être adaptés régulièrement.

Avec une stratégie nationale impliquant tous les acteurs concernés, dont les patients, il est possible de réussir la transformation numérique du système de santé suisse. Heureusement, nous pouvons aussi nous inspirer des expériences d’autres pays, comme le Danemark, dans nos efforts de transition numérique.

Contre

Qu’est-ce qu’ont en commun l’autoroute du Haut-Valais, le dossier électronique du patient et la fusion nucléaire ? Tous trois nous sont promis depuis des années, tous trois résoudront des problèmes auparavant insurmontables, et tous trois n’arrivent jamais.

Depuis des années, on espère enfin que nos données médicales pourront facilement passer d’un praticien à un autre, que nous n’aurons plus à refaire cinq fois les mêmes examens pour une même situation. Et depuis peu, on en vient même à imaginer que la masse de données de santé que nous accumulons permettra à terme à de super-ordinateurs de réaliser de la médecine préventive.

Si le DEP consiste à court terme en une version électronique du vieux dossier papier, il prendra d’autres formes à l’avenir et dépassera le simple fait de scanner quelques ordonnances médicales. Vous pratiquez un sport ? Vos données joueront probablement un rôle à l’avenir dans la prévention de maladies cardiovasculaires. Pour quelques centaines de francs, vous pouvez séquencer votre code ADN auprès d’entreprises américaines. Et déceler quelques maladies génétiques qui vous pendent au bout du nez ou des prédispositions regrettables pour du diabète, un cancer ou des maladies rares. J’ai tenté l’expérience: si les informations sont encore peu utilisables, la démarche est intéressante et prometteuse.

«Les évolutions technologiques viendront davantage de Google que de l’administration.»

Philippe Nantermod

L’évolution de la technologie permettra demain encore de croiser ces informations avec d’autres données qui, a priori, n’ont pas d’intérêt premier pour votre état de santé. Votre liste de courses, vos déplacements, vos horaires de sommeil, vos loisirs. Dans les mains de services de renseignement, ces informations permettent de créer un super-Etat, une police terrifiante que n’importe quel libéral doit combattre avec la plus grande vigueur. Anonymisées et confiées à des machines, ces informations permettront peut-être de prévenir des maladies, d’améliorer notre état de santé et de limiter les interventions médicales lourdes pour le patient. Sans parler des coûts de la santé …

Ce que sera la santé numérique demain, nous ne le savons pas aujourd’hui. Une chose est certaine: les dossiers électroniques vont se développer et réunir de plus en plus d’informations. Des éléments que l’on préfèrera laisser hors de portée des Etats ou des assurances sociales. Les confier à des tiers dont le capital sera précisément la confidentialité et la sécurité informatique. Si nous décidons aujourd’hui de donner les clés de la numérisation de la santé aux collectivités, nous nous privons durablement des évolutions technologiques qui viendront davantage de Google que de l’administration, et de la confiance indispensable à son développement.

Yvonne Feri

est conseillère nationale et présidente de la Fondation Protection de l’enfance Suisse. Elle siège également dans divers comités et conseils du domaine de la santé et des affaires sociales. Elle est membre de la Commission de la sécurité sociale et de la santé du Conseil national (CSSS-CN).

Philippe Nantermod

est vice-président du PLR suisse et avocat indépendant. Il est membre de la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil national (CSSS-N).

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