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Diabète: pourquoi la prévention a-t-elle échoué?

Absence de réglementation, profits au mauvais endroit: la prévention rencontre bien des obstacles. C’est pourquoi il faut davantage consulter à l’avenir les organisations de patientes et patients.

Léonie Chinet, Secrétaire générale de diabètevaud

20. juin 2023

En 2017, Margaret Chan a bousculé le monde de la santé en qualifiant la progression des maladies chroniques de pandémie. Six ans plus tard, ce «slow motion disaster» sonne comme une fatalité. Alors que 3,8% des personnes indiquaient souffrir de diabète en Suisse au début du XXIe siècle, la Fédération internationale du diabète en prédit 8,6% à l’horizon 2045, soit une augmentation de 4,8 points de pourcentage en moins d’un demi-siècle. Constat similaire pour toutes les maladies chroniques qui touchent 25% de la population et consomment 80% des coûts de la santé.

Ce sont aussi et avant tout des coûts humains. A l’instar de ce désastre rampant qu’évoquait l’ex-directrice générale de l’OMS, il est accablant d’entendre une personne diabétique de type 2 dire: «Si seulement j’avais su!» Car cette maladie s’installe silencieusement, insidieusement, et lorsqu’enfin on la reconnaît, on ne peut qu’essuyer les plâtres. Autrement dit, apprendre à changer des habitudes de vie déjà bien ancrées avec, au final, le recours – souvent incontournable – aux médicaments.

Un couple parfait?

Si la commercialisation de l’insuline il y a 100 ans a sauvé la vie des diabétiques de type 1, les traitements du diabète sont devenus l’un des marchés les plus rentables, et ils n’ont pas fini de l’être. Dans son numéro de mars 2023, le magazine Swissquote avançait que les ventes de l’antidiabétique phare avaient rapporté 8 milliards d’euros en 2022 à l’entreprise pharmaceutique leader du domaine et que le marché de ces GLP-1 pourrait représenter 90 milliards de dollars par an d’ici 2030.

Et la prévention dans tout ça? Il y a dix ans, le Conseil des Etats enterrait la loi sur la prévention. Alors que plus d’une Suissesse et d’un Suisse sur deux consomme trop de sucre et que 4% des enfants et adolescents sont obèses, les interventions parlementaires proposant de taxer les boissons sucrées ou de généraliser le Nutri-Score sont rejetées. Pourtant, le lien entre surconsommation de sucre et maladies chroniques, telles que l’obésité, le diabète de type 2 et les maladies cardiovas­culaires, est prouvé. Un esprit diabolique pourrait penser que c’est là le problème. D’un côté les sucres ajoutés, en particulier le high fructose corn syrup (HFCS), nous engraissent, de l’autre, les GLP-1 nous font maigrir. HFCS-GLP-1, le couple parfait? En tout cas, ils regardent dans la même direction, celle du profit.

«D’un côté les sucres ajoutés nous engraissent, de l’autre, les GLP-1 nous font maigrir.»

Léonie Chinet

A l’heure où l’on pense co-bénéfices, à savoir les interactions positives entre la santé et l’environnement, quelle meilleure parade à l’alimen­tation ultra-transformée et aux médicaments, qui ont en commun un impact négatif important sur l’environnement, que la promotion de l’activité physique et l’alimentation équilibrée? Promouvoir la mobilité douce, la production et la consommation de fruits et légumes locaux, limiter l’omniprésence de la malbouffe, autant de mesures efficaces pour réduire l’impact économique, environnemental et humain des maladies chroniques.

Rassembler les forces autour d’objectifs partagés

Mais les moyens dévolus à la prévention sont ridiculement faibles malgré l’augmentation récente de la part des primes LAMal allouée à la prévention. Pour espérer une réelle (r)évolution, il faut rassembler les forces autour d’objectifs partagés. A cet égard, les organisations de patientes et patients jouent un rôle clé pour pallier à l’inertie, voire la frilosité des autorités, institutions et acteurs de la santé. A l’instar de l’action MAYbe Less Sugar lancée par diabètevaud, en mutualisant leurs efforts et en s’alliant à tous les partenaires soucieux de la santé collective, elles peuvent ambitionner une prévention plus efficace: prise en compte de la santé dans toutes les politiques publiques, mesures de prévention structurelles et investissement massif dans la prévention primaire. Mais aussi, elles peuvent porter ce débat sur la place publique et exiger que les recommandations et priorités de santé publique n’en restent pas au stade des intentions. A ce titre, elles doivent revendiquer leur place à la table des négociations et convaincre la communauté de les soutenir pour leur permettre d’accomplir leur mission.

MAYbe Less Sugar – Vous trouvez ici les résultats de l’action de diabètevaud.

Léonie Chinet

est Secrétaire générale de diabètevaud depuis 2019. Psychologue de la santé et diplômée en stratégie et direction d’institutions, elle a débuté sa carrière dans la recherche avant d’être en charge de la politique de prévention des addictions à la Direction de la santé vaudoise.

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