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Primes élevées: les dettes peuvent rendre malade

Les personnes ayant une situation financière précaire doivent s’acquitter en premier lieu des impôts et des primes d’assurance-maladie. Les assureurs et les autorités fiscales devraient intervenir à temps.

Barbara Bracher, s’engage depuis 2013 comme responsable et conseillère en gestion de dettes auprès de la «Fach­stelle für Schuldenfragen» à Lucerne.

19. février 2021

La perte d’un emploi, une séparation ou une maladie sont les principales raisons pour lesquelles on fait appel à notre service. Généralement, le budget tient encore la route jusqu’à la survenance d’un événement: à ce moment-là, une perte de salaire et/ou des dépenses plus élevées rompent l’équilibre déjà fragile. Les premiers impayés apparaissent, et l’épargne est grignotée. Si la situation perdure et qu’aucun changement n’advient, il y a un risque de surendettement. Selon les statistiques fiscales de 2018, près de la moitié (44 %) des 236 414 contribuables disposaient d’une fortune nette de moins de 30 000 francs. Presque un contribuable sur cinq (17 %) n’avait déclaré aucune fortune (LUSTAT Statistik Luzern, personnes physiques: nombre de contribuables selon les niveaux de fortune nette, 2018). Des poursuites et des saisies peuvent s’ensuivre: un cercle vicieux car, lors d’une saisie sur salaire, on ne laisse aux personnes concernées que de quoi couvrir les besoins vitaux. On ne tient compte ni des impôts ni des primes d’assurance-maladie, sauf si elles ont déjà été réglées. Ainsi, les saisies entraînent un nouvel endettement chez ces personnes, malgré le remboursement des créances.

Les dettes nuisent à la santé

Dans nos conseils quotidiens en gestion de dettes, nous constatons fréquemment que le poids de l’endettement et l’absence de perspectives perturbent aussi la santé des personnes concernées. Puisqu’elles ne parviennent pas à s’acquitter de leur franchise et de la quote-part, elles renoncent souvent à des traitements médicaux et médicamenteux. Les prestations dentaires n’étant pas prises en charge par l’assurance-maladie, il n’est pas rare que leur dernière visite chez le dentiste remonte à plusieurs années. En cas de suspension des prestations à cause de primes impayées, telle qu’elle est pratiquée dans le canton de Lucerne, la situation s’aggrave encore. Dans ce cas, seuls les traitements d’urgence sont encore possibles. D’ailleurs, nous constatons souvent qu’à partir de là, les patients ne recourent même plus aux traitements urgents, en raison de la suspension des prestations, mais aussi d’un sentiment de honte.

«Compte tenu de la baisse des revenus, l’augmentation des primes devient un défi toujours plus important.»

Barbara Bracher

Premiers impayés: les impôts et les primes

Le revenu des personnes nous demandant des conseils a baissé en continu au cours des dernières années. Compte tenu de cette baisse, l’augmentation des primes devient un défi lui aussi toujours plus important. La majeure partie des dettes de celles et ceux qui s’adressent à nous se compose des impôts et des primes d’assurance-maladie. Les personnes dont la situation financière est précaire repoussent en premier lieu le paiement de ces créances. Près de la moitié des personnes en quête de conseils ont des primes impayées. Cette proportion est plus ou moins constante depuis 2013. Seules les créances fiscales concernent encore davantage de ménages, soit environ 70 %. Le montant moyen des primes impayées par les ménages a grimpé de 4669 à 7640 francs entre 2013 et 2019. La part des primes impayées a presque triplé pendant la même période, s’élevant à 5,5 % du montant total de l’endettement l’année dernière.

Comment éviter de s’endetter?

Puisque la Suisse ne pratique pas l’imposition à la source, un ménage peut gérer un budget déséquilibré pendant une longue période tout en accumulant des dettes. Alors que les personnes tardent à demander une aide professionnelle, la montagne de dettes grandit. Cependant, offrir une aide précoce et opter pour une politique d’information correspondante permet de stopper la spirale de l’endettement. Il serait par exemple utile que les créanciers, tels que les caisses-maladie ou les autorités fiscales, demandent des explications et proposent leur aide dès les premiers impayés. Nous estimons également important que les prestations de transfert, comme les réductions de primes, soient arrangées de sorte que les coûts restent supportables. Une planification active des paiements grâce à des ordres permanents ou au prélèvement automatique pourrait aussi faciliter les choses.

Foto: Herbert Zimmermann

Barbara Bracher

s’engage depuis 2013 comme responsable et conseillère en gestion de dettes auprès de la «Fach­stelle für Schuldenfragen» à Lucerne. Ce service de lutte contre l’endettement est une association. Les conseils gratuits sont financés par les contributions du «Zweckverband für institutionelle Sozialhilfe und Gesundheitsförderung», association regroupant canton et communes, et celles d’organisations, d’églises, de fondations, des donateurs et des membres.

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