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Une croissance limitée de la productivité dans le système de santé

Gourmand en personnel, le domaine de la santé bénéficie moins des gains de productivité souvent enregistrés par d’autres branches. L’offre ainsi que la demande font augmenter les coûts et le volume des prestations.

Reto Föllmi, est professeur d’économie internationale et directeur de l’institut suisse d’économie étrangère et de recherche économique appliquée à l’Université de Saint-Gall.

19. février 2021

Nous vivons de plus en plus longtemps tout en restant en meilleure santé. Ces progrès réjouissants ne sont toutefois pas gratuits. En comparaison avec le PIB, les dépenses consacrées à la santé augmentent en permanence. Ces coûts pèsent directement sur les ménages au travers des primes d’assurance-maladie élevées et indirectement des impôts. En effet, les pouvoirs publics doivent cofinancer une part définie des coûts hospitaliers stationnaires ainsi que les réductions de primes.

Ce sont à la fois l’offre et la demande qui entraînent cette hausse. Lorsque notre prospérité augmente, nous dépensons davantage pour notre santé: dans les pays les plus riches, les dépenses de santé sont plus élevées en valeur absolue mais aussi proportionnellement.

Un chiffre d’affaires croissant grâce à l’emploi

Sur le plan de l’offre, une hausse de la productivité devrait exercer une pression sur les prix donc sur les dépenses dans la branche correspondante. L’informatique notamment a simplifié et accéléré de nombreux processus. Une hausse de la productivité du travail signifie qu’un effectif défini permet d’augmenter la quantité ou la qualité des prestations de santé.

La productivité dans le secteur de la santé, calculée comme la valeur ajoutée par équivalent plein temps, était de 123 100 francs en 2018, soit inférieure d’environ 23 % à la moyenne de l’ensemble des secteurs économiques (160 054 francs). Cependant, elle est supérieure de 78 % à celle de la branche «EMS et services sociaux». L’industrie pharmaceutique, à forte intensité de capital, est de loin la branche la plus productive de Suisse. Si on considère l’évolution, la répartition est similaire. Il faut cependant noter que la productivité est particulièrement difficile à mesurer dans le domaine de la santé, car les prix découlent souvent de négociations tarifaires hautement politisées. Entre 1997 et 2018, le chiffre d’affaires total de la branche de la santé a augmenté de 144 %. Cette croissance étant principalement due à une hausse du nombre d’emplois, la productivité corrigée du renchérissement n’a augmenté que d’environ 17 % malgré d’importants investissements dans le secteur. Le domaine de la santé se situe dans la moyenne inférieure; celui des EMS et des services sociaux a même enregistré un recul.

«La hausse de la productivité est plus limitée dans le domaine de la santé que dans d’autres branches.»

Reto Föllmi

La loi de Baumol ou maladie des coûts

La «maladie des coûts» définie par William Baumol constitue une explication importante pour cette croissance limitée de la productivité. Dans l’industrie, des progrès significatifs sont possibles grâce à l’automatisation et la standardisation. Le domaine de la santé en revanche est coûteux en personnel. Les simplifications de processus, surtout dans les soins, sont très restreintes en comparaison avec le secteur industriel, et moins souhaitées, même si l’analyse des données par exemple pourrait changer la donne. Mais la demande en prestations de santé augmente malgré des prix croissants et entraîne une hausse du nombre d’emplois dans la branche. Cette dernière doit naturellement verser des salaires compétitifs, ce qui génère une augmentation de la part au PIB.

Des financements mixtes aux effets pervers

Dans la branche de la santé, les financements mixtes complexes provoquent de mauvaises incitations, donc des effets négatifs sur l’augmentation de la productivité. La LAMal entend certes mettre un terme aux subventions croisées mais, selon les cantons, les fournisseurs de prestations bénéficient encore d’un soutien pour les prestations d’intérêt public ou au travers de loyers bas par exemple. Par manque de données suffisamment précises sur la part des financements publics, notre étude n’a donc pas permis de confirmer empiriquement un rapport de causalité. La hausse limitée de la productivité et la demande croissante due à la démographie et à la prospérité font augmenter les dépenses de santé. En outre, nous dépendons de l’avis d’experts pour savoir quels traitements suivre. Dans le système actuel, nous sommes soumis à certains versements obligatoires, mais ne payons qu’une infime partie des prestations dont nous bénéficions effectivement. Ces conditions sont loin d’être idéales pour atténuer la hausse des coûts et du volume des prestations. 

Etude

Reto Föllmi

est professeur d’économie internationale et directeur de l’institut suisse d’économie étrangère et de recherche économique appliquée à l’Université de Saint-Gall.

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